COURRIER du COEUR
Le « TROMPÉTAÏRE »
raconte :
Chers amis,
Grâce à la
« Lettre aux Anciens » N° 17, vous me permettrez de revenir sur mes
quelques mois passés à l’armée, en fin 1940 (à St Étienne) eu 171ème
A- 1èr Épisode :
L’armée et les Camps de Jeunesse
Juin
1940, appel sous les drapeaux après 2 ans de sursis
Caserne : Pétaudière. Pratiquement, faute
d’uniformes, nous sommes tous restés en civil. Au bout de 8 jours :
ordre d’évacuer la caserne. Destination inconnue. Chacun a reçu une miche de
pain et devait, en 30 minutes, rejoindre les wagons pour bestiaux. Nous restons
des heures à attendre, dans la chaleur, le départ. Les Stéphanois nous
apportent des seaux de vin, des caisses de bouteilles. Nous n’avions pas quitté
la ville que la plupart d’entre nous étaient ivres. Quel spectacle ! Si
les avions allemands étaient venus !! Scandalisé, malheureux pour mes
copains, j’ai sorti de mon sac « mon » clairon et j’ai joué
toute la nuit des airs de marche.
Premier arrêt :
Le Puy. Sur le quai, je rencontre un ancien du Château : l’Officier
Foron. Par lui, j’ai appris que nous allions à COSTAROS (Hte Loire)
Arrivés tôt le
matin, nous sommes répartis dans les granges. Un inconnu vient me prévenir :
« le Commandant te demande, avec ton clairon et tes bagages ! »
-Le Cdt :
c’est vous qui avez joué du clairon cette nuit ?
-Oui mon commandant !
(je raconte mon point de vue au Commandant.
-Le Cdt : je
vous charge des sonneries de mon État-major, vous logerez avec les secrétaires,
au premier étage de la mairie. Vous serez aussi mon ordonnance !
-Oui, mon Cdt
Me voilà, jeune bleu dans
un État-major ! Libéré de la paille….. Dans cette situation, on peur
rendre beaucoup de services ! La mairie se trouvait au fond d’une petite
place, à côté de l’église.
Je faisais les cent pas sur
la place et je sonnais un air de clairon à chaque venue ou départ d’un
officier. Pour chaque réveil – soupe – extinction des feux, à quatre
points différents de ce long village, il me fallait 30 minutes. Inacceptable !
J’ai réclamé un vélo qui me permit la rapidité et …. Un tout de curiosité
dans les villages voisins. Le Commandant était directeur d’une fabrique de
rubans, dans le civil. Il venait de vivre la retraite forcée de Belgique avec
un bataillon de Chasseurs. Il ne connaissait pas grand chose de l’Infanterie.
Quel brave homme ! Nuit et jour, l’armée française passait devant moi,
direction le midi, et sans traîner : tanks, camions, canons. Beaucoup
d’hommes s’étaient faits attacher, lier, sur le fût des canons pour être
sûrs de suivre le convoi. Vint l’armistice. J’ai dû le sonner devant 4 régiments
réunis. Moments inoubliables, solennels, tristes. Je fus très félicité et je
reçus de quoi manger un bon repas au restaurant ! Ça comptait à l’époque !
Et après l’armistice ?
Nous avons été les fondateurs des Chantiers de Jeunesse. Mutés tous
dans une immense prairie (La Malviale), entre La Roche Tuilière et la Roche
Sanadoire, en dessous du Lac de Guéry et entre Orcival et le Mont-Dore. Nous
dormions dans des marabouts de 20 places (près d’une ferme, pour le lait) et
nous devions nous spécialiser dans la production du charbon de bois +
des fagots
+ des stères … On nous disait : « l’hiver, on échangera
du bois contre du pain ! L’hiver rigoureux étant arrivé, nous avons dû
rejoindre le Mont-Dore, laissant tout sur place ! Logés dans des
baraquements de Colonie de vacances, on se réveillait le matin avec des orteils
gelés ! pour chauffer un peu nos poêles, nous devions, avec des pelles,
chercher des brindilles sous la neige des forêts. Où étaient nos fagots ?
Étant responsable du groupe
de 200 camarades, j’ai décidé de chauffer en brûlant les double-portes
entassées dans le camp. Elles ne servaient jamais. Nous les avons réduites en
bûchettes. Quelques heures plus tard, l’arrivée-surprise d’un Chef de Région.
Il me demande des explications. Je lui réponds sur le même ton. Il me lance à
la figure « Espèce de sale Boche ! »
Inacceptable ! Je lui explique ma
situation d’Alsacien – Séminariste, non astreint au service militaire ou
autre, mais volontaire, pour rendre service. Rien ne permet de me retenir, donc
je pars ce soir ! Applaudissements des camarades. D’autres interventions
dans l’après-midi pour que je reste. Je suis parti le soir même. Joyeuse
arrivée au Château , l’avant-veille de Noël 1940. Six mois de service pour
mon pays. !
B- 2ème
Épisode (ou l’Invisible de Costaros)
Il y a 25 ans à peu près,
j’étais invité chez Paul Berne (ADB) , près de Mulhouse. A table, près
de moi, un couple vu très régulièrement à la messe du dimanche, en la
Clinique du St Sauveur. On cause, pour la 1ère fois, de tout et de
rien.
Je demande à Madame :
-Vous n’êtes pas
Alsacienne ?
-Elle :
Non, je suis de la Haute-Loire
-Moi :
Si ce n’est pas indiscret, précisez un peu, car je connais assez bien.
Elle : Je suis de Costaros, un long petit
village
« Rires ! »
Mais Madame, à Costaros, j’étais clairon de l’État-major en 1940 !!
-Elle (dans
un éclat de rire) : Oh ! pas possible ? C’est vrai, je
vous reconnais ! J’avais le béguin pour vous !
- J’avais 14-15 ans. Quand vous passiez dans le village pour vos
sonneries, ma mère qui me voyait écarter les rideaux pour vous voir me disait
– « C’est celui-là qu’il faudrait attirer, ….etc..etc. ».
Le monde demeure monde, moi,
je ne me doutais de rien. J’étais bien fixé dans ma vocation !!! Je
n’avais aucune relation avec les villageois, sinon échanger mes cigarettes de
l’armée contre du chocolat, avec l’épicier d’en face, et saluer les gens
qui posaient des questions.
Je suis retourné à
Costaros. Les personnes âgées m’ont reconnu.
« Le Trompétaïre », non,
le Clairon.
P.S. je remercie
notre cher Henri Dubois d’avoir révélé l’existence du « Trompétaïre »
- Rions, mes amis !. Avec
mes amitiés !
Lucien Grienenberger