Madeleine PROUST et les confitures

Maintenant que le site des anciens du château est bien lancé et bien fourni, il faut que je libère ma conscience......c’est d’autant plus facile qu’il y a prescription.


gelée de framboise

Voilà ce dont il s’agit : les deux dernières années de notre vie au château, j’étais sacristain (je crois que nous étions en tandem avec Philippe DEALBERTO). Mission de confiance s’il en était : préparation des ornements le soir avant de monter au dortoir. Mise en place de la chapelle avant la messe du matin. Préparation des ornements diacre et sous diacre pour les grandes fêtes etc.....etc..... Je répète donc, mission de confiance.
Un jour, vers la fin de l’année scolaire, le père Baudin, directeur de l’époque, annonce au cours d’un des fameux “mot du soir” « Cette année, je suis très satisfait, le nombre des communions a considérablement augmenté... »  (avec mon collègue sacristain nous avons eu alors une brusque chute de tension....). Le P.Baudin se basait, pour cette statistique, sur les commandes d’hosties que nous avions la responsabilité de faire lorsque nous arrivions en fin de stock.
 Ce qu’il ignorait totalement c’est que nous avions, caché dans l’une des armoires de la sacristie, un pot de confiture de gelée de groseille (tel Proust, j’ ai encore ce souvenir de cette gelée de groseille). Et tous les soirs, une fois notre mission de sacristains remplie, avant de monter rejoindre le commun des mortels au dortoir, nous allions puiser, sans exagérer bien sûr, dans la réserve d’hosties et  nous en toastions quelques unes avec  la gelée de groseille.
Tout le monde aura compris naturellement que ces hosties n’étaient pas consacrées, et tout le monde aura aussi compris que les statistiques du père Baudin étaient loin d’être fiables.......

Me voilà donc libéré de ce secret que je taisais depuis des années.
Je suis certain que bon nombre d’entre nous, nous avons, tapis au fond de nos souvenirs telle ou telle anecdote. Il faudrait que tout le monde puisse en profiter.

Amitiés

Paul Colombat

C’est une nouvelle bien succ( r )ulente que celle que tu nous envoies. Avec la « bedaine » que ce pauvre Baudin avait ( certains d’entre nous l’appelait « Abbé –LARD », il ne devait pas renâcler devant les sucreries!!!…

Et puis j’ai lu pour toi : « Les parfums d'enfance sont tenaces, ils sont sources d'émotions fortes, de sensations "vraies", et nous ramènent vers le fondement de notre personnalité.
C'est souvent par surprise que l'odorat nous plonge dans nos souvenirs. Un seringa en fleurs, un poulailler, un sachet de sciure où "grouillent" des asticots blancs pour la pêche, ou de façon plus gourmande: un civet de lièvre, ces évocations sont autant d'effluves qui me ramènent vers mes jeunes années et mon grand-père.
Ainsi essayè-je avec ténacité de retrouver, comme dans une chasse au trésor, le parfum et la saveur de mets, qu'on me préparait avec amour.
C'est sans doute une des raisons pour lesquelles je cuisine, retrouver des émotions, en glaner de nouvelles...et faire des heureux
!

 Que d’émotions tu nous fais revivre mon cher Paul, merci mille fois…

Jean Lafeuillade