Tableau 1 le château avant la dernière guerre
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Figure1 |
Cher Monsieur,
A défaut de qualités et d'autorité pour présenter, Selon votre désir, cette brochure au public, permettez- moi de vous féliciter d'avoir pris l'initiative et le risque de la réaliser, Personne n'était mieux placé que vous pour conter la triste fin du Château d'Aix. Vous avez été un de ses derniers occupants Vos yeux ont gardé l'image de l'incendie nocturne qui en a ravagé une partie, Vous avez été le témoin de ses sept années d'agonie et vous avez assisté à son anéantissement total et définitif. Au-delà de votre texte, on sent la douleur qui vous a étreint comme elle serre le cœur de tous ceux qui veillent, impuissants, sur les derniers instants d'un être cher.
Vous avez raison de laisser entendre que certaines responsabilités, à des échelons divers, ne sauraient être excusées trop facilement: partant de l'incendie, l'état d'abandon qui a suivi et la destruction systématique de ces murs, qui, faute d'avoir porté le titre officiel de « monument » qui les aurait protégés, n'étaient pas moins des murs « historiques » Ils ont abrité deux hauts personnages de notre vie nationale, l'un et l'autre confesseurs de grands rois, dont la vie privée ne devait pas faciliter la tâche. On sait que le Père Pierre Coton, directeur de conscience d'Henri IV et de Louis XIII de 1608 à 1617, aimait venir se reposer à Aix auprès de sa sœur. Quand à son neveu, François de La Chaize, père spirituel de Louis XIV pendant les trente quatre dernières années de sa vie, il était né et fut baptisé ici même" A ce double titre, ces murs et le cadre naturel dans lequel ils étaient sertis, auraient mérité un peu plus d'égard et de respect qu'on ne leur en a accordé.
Mais, grâce à vous, le Château d'Aix se survivra par le texte et l'image. En cette "année du patrimoine" qui (soit dit en passant) a connu aussi l'effondrement de la maison natale du Père Coton à Néronde, beaucoup d'anciens élèves des Salésiens, de voisins et amis de la vallée, vous sauront gré de prolonger son existence morale et de sauver sa mémoire. Au nom de tous, soyez remercié ».
Abbé Jean Canard
Une nuit comme les autres dans la vallée, Le 16 novembre 1971, la lune éclaire faiblement le long ruban de la rivière, d'où monte une légère brume qui deviendra le brouillard annonciateur des premiers froids. On devine à peine la masse sombre du château d'Aix. Tout semble dormir dans les locaux qui l'entourent. Le cours d'eau est seul à faire entendre son murmure, petit bruit régulier qui donne du relief au silence environnant.
Vers les trois heures du matin, un éducateur attardé de l'I.M.P. regagnant sa chambre dans le vieux château, s'arrête interdit. Au premier étage du bâtiment central, une lueur rouge filtre à travers les vitres, ne laissant 1guère de doute sur sa signification inquiétante. Au même instant, un autre éducateur qui logeait avec sa famille dans une aile adjacente est réveillé incommodé par une fumée épaisse et une chaleur exceptionnelle. Aussitôt, l'alerte est donnée, car onze personnes et un bébé logent dans la vieille demeure. Tous s'habillent en hâte et se précipitent dans la cour centrale.
Le feu a pris dans une grande salle (restaurée depuis peu) qui servait de foyer au personnel. A trois heures et quart, il a déjà dévoré une demi-douzaine de m2 de plancher. L'incendie, alimenté par une épaisse couche de sciure disposée entre le sol et le plafond, dégage une chaleur difficilement supportable, tandis que le contenu de nombreux extincteurs déversé sur le foyer ne fait pas reculer l' agresseur. Les vitres éclatent et l'installation électrique finit par capituler. Toutes lumières éteintes, il ne reste plus aux témoins du drame qu'à assister impuissants à l'anéantissement de leur logement, en attendant l'arrivée des premiers secours.
Dans un quotidien paru le surlendemain, on pouvait lire: "L'alerte fut d'abord donnée aux pompiers de Saint- Martin la Sauveté. Quand ceux-ci arrivèrent sur les lieux, devant l'ampleur que menaçait de prendre le sinistre, (les locaux des enfants étant éloignés d'une soixantaine de mètres de l'habitation), ils demandèrent du renfort à leurs collègues de St Germain Laval et de Crémeaux. Bientôt cinquante et un pompiers combattaient le sinistre avec une dizaine de lances et quatre pompes. L':eau était puisée dans le lac artificiel et l'Aix proche".
Malheureusement les flammes n'allaient laisser que peu de chance de survie à la construction, à ses poutres et à ses boiseries centenaires. Tous se souviennent du spectacle hallucinant qui s'est déroulé à la lumière des torches électriques sillonnant la nuit, au milieu des cris, des ordres lancés de tous cotés, du bruit des motopompes, du craquement des charpentes. Le rougeoiement tragique qui se reflétait sur les visages en accentuait le caractère dramatique.
"Vers 8 heures 30, continue le rédacteur de l'article du journal, le sinistre était maîtrisé. Mais les dégâts apparaissaient très importants 0 La chambre natale du Père François de La Chaize, sise au premier étage d'une aile, n'a été que fort peu endommagée, Sous l'effet de la chaleur et de l'eau, des peintures murales sont apparues sur les murs de l'aile centrale, le badigeon ayant disparu".
Le 17 novembre au matin, le jour se lève sur un spectacle étrange. Les alentours du château sont encombrés de matériel d'incendie, de meubles, de linge, d'objets personnels abandonnés à la hâte. Une fumée âcre monte encore des décombres aux premiers rayons du soleil et tous les visages sont marqués par la fatigue imposée par la longue nuit, L'agonie de la vieille demeure vient de commencer…
Le promeneur qui descend la vallée d'Aix en suivant l'une ou l'autre rive, avance, depuis la scierie Durand, dans un paysage simple et magnifique à la fois. La vallée n'est ni grandiose au point d'égarer son esprit, ni abrupte au point de provoquer l'impression désagréable de l'étouffement.
Les bords sont plantés d'arbres magnifiques, à la parure touffue qui portent à la discrétion et à la rêverie. De temps à autre, des prairies à la mesure du dé- cor qui sont autant d'éclaircies dans une pénombre reposante. Quelques fermes parcimonieusement réparties donnent l'impression que le modernisme n'y a point pénétré, mais simplement que la vie a un jour trouvé là son équilibre et s'y est arrêtée pour ne plus le perdre. L'Aix est seul à émettre un bruissement qui va s'amplifiant ou s'atténuant selon le hasard ou le caprice de ses boucles et de ses précipitations,
C'est de toutes manières une rivière claire, avare en été, quelquefois trop généreuse au printemps, naguère encore le paradis des pêcheurs. Hélas, la pollution ne l'a pas épargnée. Là où il y a une vingtaine d'années les écrevisses étaient ramassées à pleines balances, on ne trouve plus que quelques truites.. Des efforts sont faits actuellement pour lutter contre ce cancer de la nature qu'est la pollution, Espérons que dans quelques an- nées l'eau aura retrouvé sa pureté d'antan. Quand on arrive à proximité du Bray, la vallée s'ouvre largement. Pour avancer dans l'ombre, il faut prendre, rive droite, un chemin qui est véritablement couvert d'une voûte de feuillage durant la saison chaude" Au bout d'une vingtaine de minutes de marche raisonnable, nous abordons en pleine lumière un paysage qui, en s'élargissant, prend la forme d'un croissant de lune nous sommes au château d'Aix.
Le premier sentiment que l'on ressentait, au temps du château, était l'étonnement. On imaginait difficilement cette vieille bâtisse construite aussi bien pour la défense que pour la plaisance, encastrée dans d'autres constructions au fond d'une vallée. Mais, quand on prenait le temps d'observer et de réfléchir, l'envahissement d'un étrange mélange de paix et de bonheur, nous aidait à comprendre pourquoi, il y a plus de cinq siècles, des hommes avaient choisi de vivre en cet endroit.
Laissons l'Aix poursuivre sa route vers la Loire en direction de St Germain-Laval, Restés sur place pour tenter de pénétrer les secrets du château, nous ne saurions inviter meilleur guide que Vincent Durand, qui nous a laissé, à la fin du siècle dernier, une description précieuse et émouvante du lieu. La voici extraite du compte- rendu de l' "Excursion archéologique de la Société de la Diana à St Germain-Laval, Grezolles, Aix et St Marcel d'Urfé, le 18 juillet 1894" publiée dans le Bulletin de la Diana, tome X (1898), pages 422 à 435 :
"Enseveli au fond de la vallée, au milieu d'arbres séculaires, le château d'Aix ou 'Eys', car c'est l'orthographe ancienne et la prononciation vulgaire, est assis sur la rive droite et dans une espèce d'île formée par une dérivation de la rivière du même nom; il dépend de la commune de Saint Martin la Sauveté.
La plus ancienne mention que j'aie trouvée de ses possesseurs est celle d'Antoine d'Aix, chanoine et maître de chœur de l'église de Lyon, curé de Saint Martin la-Sauveté, qui transigea en juillet 1292 avec le commandeur de Verrières au sujet de la dîme de la Sauveté[1]. Hugues ou Hugonin d'Eys, damoiseau, figure aussi dans plusieurs actes du premier tiers du XIV° siècle[2] Mais dès 1368 au moins, la seigneurie d'Aix passa dans la famille de Bonnefont[3] dont les membres continuèrent parfois à s'appeler d'Aix tout court. Au XV° siècle, en ou avant 1441, Marguerite de Bonnefont la porta à Amédée du Peschier, d'une famille d'Auvergne[4] Alix du Peschier, qui parait être la petite-fille de ces derniers, la porta à son tour et successivement, vers 1536 et 1546, à ses deux maris François d'Alègre et Antoine de la Bretonnière, seigneur d'Apchiat (Haute-Loire), veuf de Françoise de Belvezeto Enfin le mariage de Marie de la Bretonnière, fille d'Antoine, avec Georges de la Chaise, en !563, la fit entrer dans la famille de celui-ci, sur laquelle leur arrière petit-fils, François de la Chaise, le célèbre P. La Chaise, né à Aix le 18 août 1624, devait jeter tant d'éclat. Mais cet éclat lui-même eut bientôt ses ombres, Au commencement du XVlllè siècle, les affaires de la famille de la Chaise d'Aix semblent avait été très embarrassées, et ,par sentence de la sénéchaussée de Roanne du 7 septembre 1716, les biens de Georges-Antoine de la Chaise, seigneur dudit lieu et d'Aix, comte de Souternon et Saint-Germain-Laval, lieutenant général des armées du roi, furent adjugés à .Louise Gabrielle Pérachon de Senozan, sa femme" Celle-ci, comme on l'a vu plus haut[5], mourut sans enfants en 1728, laissant, pour héritier universel Joseph de Monteynard, marquis de Montfrin, son cousin, qui vendit les château, terre et seigneurie d'Aix à Alexandre Gayardon, seigneur de Grezolles, 1 les 23 décembre 1730 et 3 janvier 1731 J'ai déjà dit que la famille Gayardon a gardé Aix jusqu'en ce siècle Vendu à M, Germain de Montauzan, il appartient aujourd’hui à madame la baronne de Rochetaillée.
La seigneurie d'Aix, en toute justice, unie dans les derniers temps à celle de Grezolles, parait avoir été limitée au No-E. par l'Aix, qu'elle dépassait néanmoins, un peu en amont et en face du château, pour englober le lieu de chez Baratin et un clos de jardin, vigne et verger, commune de Grezolles, mais d'autre part sans comprendre Buffardan; à l'O, parle chemin de Saint-Martin à Ravière et par une ligne laissant en dehors le hameau de Montrobert; au So-E., par le ruisseau de Job: s'étendant ainsi sur une partie du bourg de Saint-Martin et sur les hameaux de l'Argentière, la Raille, Job, les Forêts et partie de celui de Ravière. Les hameaux de Montberaud et Lurange, commune de Luré, en dépendaient aussi et formaient un membre séparé [6].
Le
château actuel d'Aix n'est plus la maison forte, "fortalicium d'Eys"[7]
des titres du XIVè siècle, mais il parait dater seulement du XYlème,
sans qu'on puisse dire si dans sa reconstruction quelques parties de l'édifice
primitif ont été conservées. Sa forme générale est celle d'un grand
rectangle entouré d'un très large fossé aujourd'hui à sec. Trois cotés de
ce rectangle sont occupés par les bâtiments; le quatrième est fermé par un
mur très épais dans lequel est percée la porte d'entrée et sur lequel on
circule à la hauteur de l'étage. Ce passage était naguère abrité par une
galerie en charpente s'ouvrant à l'extérieur par trois grandes arcades; mais
je doute que cette disposition fût ancienne. Deux arches en maçonnerie jetées
sur le fossé aboutissaient à un pont-levis remplacé aujourd'hui par une
chaussée fixe. Un seul des angles du château, celui du N.-Eo, possède une
tourelle, qui était couverte à l'origine d'un toit à faible pente en tuiles
creuses et semble faite pour l'ornement plus que pour la défense. Bien que protégé
contre un coup de main par le fossé, le château n'a d'ailleurs aucune valeur
militaire[8] .
La cour intérieure est bordée au nord et à l'ouest d'un double étage de galeries en bois supportées, au rez de chaussée par des piliers prismatiques de pierre, à l'étage par des poteaux de bois armés de contrefiches. Les chevrons sont peints en rouge sombre, avec filets blancs.
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FIG.3
Aix vcers 1826 |
La première pièce au rez de chaussée, en partant de l'extrémité de l'aile gauche, est la chapelle; elle a conservé son portail, qui est de marbre, mais l'intérieur est entièrement démeublé. Ce n'est pas la chapelle primitive, mais elle fut construite par Louise-Gabrielle Pérachon de Senozan, en remplacement d'une autre qui était "mal située et indécente" . Pierre Terrasson, custode de Sainte-Croix, la bénit le 12 mai 1697; elle était, dit le procès-verbal de cette cérémonie, « très richement ornée et embellie[9] ». A côté, une sacristie et un escalier dérobé conduisant à l'étage. Viennent ensuite la cuisine et ses dépendances. Dans le mur de la cuisine, du côté de la cour, une niche abrite le puits; elle est ornée d'une assez mauvaise peinture représentant Rébecca à la fontaine.
Au fond, une très vaste salle, qu'une méchante cloison en planches coupait en deux il n'y a pas longtemps encore, occupe sur toute la longueur de la cour le rez de chaussée du corps de logis central. Les parois en sont entièrement revêtues de belles boiseries, à grands panneaux encadrés de moulures saillantes dans le goût du XVIIè siècle. Le lambris à la française, fort beau, à chevrons posés en diagonale, a ses poutres et ses sablières couvertes d'élégantes peintures. La cheminée, d'une architecture assez simple, accuse la dernière période de l'art gothique. Sur le manteau sont peints trois écusson. Celui du milieu, qui est inscrit
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FIG.4 plan du château |
dans un cartouche, est
aux armes des la Chaise, « de sable au lion d'argent, armé, lampassé et
couronné de gueules ». Les deux autres sont en losange. Celui de gauche
est « d'azur à la croix d'argent accompagnée de quatre étoiles d'or ».
Ce sont les armes de Jeanne-Marie Coton, sœur du confesseur des rois Henri IV
et Louis XIII, qui épousa en 1598 Guillaume de la Chaise d'Aix et laissa en
mourant une réputation d'éminente vertu[10]
. L'écusson de droite, "d'or à la bande d'azur chargée de trois roses
d'argent", appartient à Renée de Rochefort, dame du But, veuve de
Godefroy de Boletière, épouse en secondes noces de Georges de la Chaise d'Aix
fils de Guillaume, et mère du P.La Chaise. L'écusson du milieu est donc celui
de Georges de la Chaise, qui
l'aura fait peindre entre ceux de sa mère et de sa femme 0 Ce ne serait peut-être pas trop s'avancer, que de supposer que ce fut en 1622, date de son mariage
A l'angle N-O de la cour, sous la galerie, on rencontre une jolie tourelle d'escalier, dont la porte est surmontée de deux écussons jadis sculptés, mais qui ont été piqués à vif pendant la Révolution. Celui de gauche est absolument
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Fig.5 –plafond de la tour d’angle |
illisible; mais, sur celui de droite, l'œuvre de destruction n'a pas été si complète qu'on ne puisse reconnaître les armes des la Bretonnière, « de gueules à cinq fusées d'or accolées en bande », On peut en inférer que le château a été reconstruit, peu avant ou après 1550, par Antoine de la Bretonnière, époux d'Alix du Peschier, dame d'Aix, dont les armes figuraient probablement sur l'écusson effacé.
L'aile
droite renferme, toujours au rez de chaussée, deux pièces d'une grande
simplicité, elles sont éclairées de fenêtres à croisées de pierre. Tout à
fait à l'extrémité de l'aile, une autre pièce de médiocre étendue, éclairée
de même, se fait remarquer par son lambris divisé en caissons rectangulaires,
peints assez grossièrement de grands dessins obtenus à l'aide de poncifs; elle
communique avec un cabinet voûté situé dans la tourelle d'angle dont j'ai déjà
parlé. On prétend que ce cabinet était la "prison" 0 Cela n'est guère
vraisemblable, et je suis disposé à
reconnaître dans la salle dont il dépend l'ancienne chapelle mentionnée au
procès- verbal de 1697. Si cette conjecture est véritable, c'est là qu'aurait
été baptisé le P. La Chaise[11].
On
monte à l'étage par l'escalier à vis contenu dans la tourelle intérieure déjà
signalée. La colonne qui forme le noyau de cet escalier a sa base ornée de
cannelures obliques et de culots renversés. Le palier supérieur est pourvu
d'une balustrade de pierre ajourée de dessins flamboyants. A l'extrémité de
cette balustrade, un lion couché tient un écusson veuf, lui aussi, des pièces
qui le meublaient: on peut affirmer seulement que ce n'était pas celui des la
Bretonnière, car elles n'atteignaient pas le bord de l'écu, resté intact sur
une certaine largeur[12].
A côté de l'escalier, à gauche et donnant sur la galerie du corps de logis principal, une première chambre conserve une cheminée peinte au XVll° siècle de mascarons, de chutes de fruits et autres ornements simulant la sculpture. Sur la hotte, un paysage d'une bonne main, avec un homme à cheval et un porteur de faucons et, dans le fond, un édifice couvert d'un dôme et cantonné de quatre
Pavillons.
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Fig.6 palier supérieur De l’escalier |
Suit
une grande chambre revêtue de boiseries de la même époque, à laquelle succèdent,
à l'angle S.-O. du château, puis dans l'aile du midi, trois autres pièces également
boisées. Le sol de l'une d'elles est percé d'un trou carré communiquant avec
les cuisines et ayant donné sans doute passage à un monte-plats 0 L'aile se
termine par une pièce très gaie, mais sans caractère, située au- dessus de
la chapelle et qui, par cette raison, n'a pas dû servir à l'habitation[13] ; elle communique par une
porte avec le passage établi sur le mur de clôture de la cour.
Si l'on gagne l'aile droite par ce passage, on rencontre une première chambre correspondant à la salle du rez-de-chaussée que je suppose avoir pu être l'ancienne chapelle. Le lambris en est peint en camaïeu d'ornements courants. Un cabinet à toilette, établi dans la tourelle adjacente et dans lequel on pénètre par une belle porte entièrement peinte[14] , a conservé intacte sa décoration du XVIIè siècle Il est entouré de boiseries dont les panneaux sont ornés de petits paysages; en haut règne une tablette destinée probablement à servir de bibliothèque. Le lambris, en forme de tente, est recouvert d'une toile peinte de médaillons et d'arabesques du meilleur goût. Au centre, les armes des La Chaise le volet de la fenêtre est peint aussi. On ne peut imaginer de plus aimable réduit.
Le reste de l'aile droite, en revenant vers la tourelle d'escalier, contient deux chambres, dont les ouvertures et les cheminées ne présentent aucune recherche architecturale 0 Mais il ne faut pas juger par leur aspect actuel de ce qu'étaient ces pièces, quand leurs murs étaient cachés par des tentures et qu'elles étaient garnies d'un riche mobilier.
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Fig.7 embrasure peinte |
Sur le palier de l'escalier, à l'angle de la cour, une dernière chambre mérite de retenir l'attention. Elle est carrelée à compartiments. La cheminée est peinte; un paysage en remplit le manteau. D'autres peintures décoratives enrichissent la porte et le lambris. Mais surtout il faut remarquer les embrasures de fenêtres peintes en grisaille: des dauphins enlacés y sont accompagnés de rinceaux d'un beau dessin. Toute cette ornementation, comme celle de la grande salle du rez-de-chaussée et du cabinet à toilette du premier étage, n'est pas sans parenté avec les beaux intérieurs du château de Saint Marcel de Félines et de celui du Vernet, près Saint-Galmier.
En résumé, le château
d'Aix parait avoir été bâti ou plutôt rebâti vers le milieu du XVI° siècle,
très probablement par Antoine de la' Bretonnière. Il a été au XVIl° l'objet
d'une restauration complète, dans laquelle les boiseries ont été préférées
aux tentures et la peinture à la sculpture 0 A cette double substitution l'économie
a trouvé son compte, mais l'art n'a pas été sacrifié: les boiseries sont
d'un bon style, les peintures charmantes. C'est un exemple aussi intéressant
que rare d'une habitation noble à laquelle ses possesseurs successifs n'ont
pour ainsi dire fait aucun changement depuis le règne du grand roi; et si le
confesseur de celui-ci revenait visiter le lieu où il est né et que remplit sa
mémoire, ce qui l'étonnerait le
plus sans doute, ce se rait de n'y pas retrouver ses contemporains[15]
0
Le 30 ventôse an II (20 mars 1794), le corps municipal de Saint-Martin-la-Sauveté demanda le dessèchement des fossés du château d'Aix, comme exhalant un mauvais air quand ils étaient remplis d'eau[16]. Cette demande où le désir de vexer le propriétaire avait peut-être autant de part que l'intérêt de la santé publique, fut renvoyée au district de Roanne et resta sans effet. Depuis ces fossés ont été volontairement mis à sec, au grand détriment de l'aspect pittoresque du château et sans doute aussi de l'hygiène, car autant les eaux vives sont salubres, autant le pâturage bas et humide qui les remplace est propre à devenir un foyer de fièvres.
Deux vastes réservoirs ont été heureusement laissé en eau à proximité du château. Ils sont bordés d'allée de grands arbres qui leur font un cadre d'une sombre verdure 0 Sur l'un d'eux, une forêt d'iris ondule au souffle de la brise. L'Aix roule à quelques pas, sur un fond de cailloux polis, des eaux pures comme le cristal" Rien ne trouble la paix de cette belle solitude. Il ferait bon y vivre entouré de ses amis et de ses livres. C'est la. maison du sage! disait en la quittant le si regretté Edouard Jeannez, et le visiteur ne s'en arrache point sans emporter le désir de la revoir".
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A |
u cours de ce dernier siècle, le château a abrité plusieurs maisons d'éducation pour lesquelles, bien sar, il n'avait pas été prévu: d'abord un orphelinat agricole, puis une école secondaire tenue par les pères Salésiens, et, à partir du 2 mai 1958, un Institut-Médico-Pédagogique, qui, après avoir débuté avec 44 garçons, accueille maintenant une centaine de garçons et filles de la région et du département.
Extérieurement, ce château n'avait pas tellement changé depuis l'exposé de V. Durand. défiant le temps, la construction a, jusqu'à la fin, gardé son allure de puissance tranquille aux proportions agréables. Il y a peu d'années, on se prenait à rêver de voir raser les maisons d'alentour et de remettre en eau les fossés, en grande partie conservés, pour que tout redevînt comme avant.
Certes le crépissage avait été quelque peu rapiécé, laissant apparaître des ouvertures en plein cintre condamnées de vieille date.. Au XX° siècle, une vigne vierge dévorait l'entourage de l'entrée principale, s'engouffrant loin dans le passage des poutres qui avaient servi à actionner le pont-levis L'unique tour d'angle extérieure surmontée d'une toiture pointue tôlée, succédant à la couverture en tuiles d'origine, avait conservé son élégante charpente élancée. Dans la cour, la peinture de la niche qui abritait le puits gardait une fraîcheur étonnante. A noter qu'auprès de ce puits on a découvert, creusée dans le sol, l'importante citerne destinée à recevoir les eaux pluviales des toitures intérieures. Apparemment donc, l'ensemble était un exemple bien conservé d'une résidence provinciale du XVI° siècle.
En
revanche, l'intérieur avait subi beaucoup d'outrages. La première salle, à
gauche en entrant, qui fut la chapelle, était devenue Une chambre sévère aux
poutres, recouvertes d'un plafond de briques plâtrées, à côté d'un escalier
toujours aussi raide et plus usé que jamais. .
La cuisine recouverte d'Un mauvais badigeon ne présentait plus aucun caractère intéressant. Mais dans son prolongement, on pouvait encore admirer une magnifique salle à pilier central prismatique soutenant deux voûtes croisées
On
y voyait une cheminée monumentale, adossée à la cheminée de la pièce
centrale du rez-de-chaussée, dépouillée de ses écussons peints.
Disparues également toutes les boiseries de cette dernière salle. Quant aux
motifs qui ornaient le plafond aux chevrons posés en diagonale, ils se
trouvaient recouverts de plusieurs couches de peinture à l'huile.
Délaissant, dans le fond, à droite de la cour, une salle voûtée
qui servait de cave, on pénétrait dans deux pièces de petites dimensions. L'une d'elles se trouvait partiellement réduite
par une énorme cheminée d'angle, dont le linteau brisé était depuis
longtemps étayé par un madrier.
En accédant à l'étage par l'escalier renfermé dans la tourelle
d'angle, on avait le loisir d'admirer la ravissante balustrade de pierre ajourée
flanquée de son lion couché. Dans la pièce centrale qui avait le mieux
conservé son originalité avec ses boiseries peintes, deux cheminées se
faisaient face, décorées l'une et l'autre d'une peinture sur toile de lm.30
sur 0,80. Le plafond lui, était recouvert de plusieurs couches de badigeon.
La grande salle de l'aile gauche,
au-dessus des cuisines, avait été dépouillée de toute décoration. Mais il
faut reconnaître qu'à l'extrémité de l'aile, on avait gardé en parfait état,
une petite pièce avec son revêtement de boiseries, au milieu desquelles de
grands panneaux de noyer masquaient d'immenses placards muraux.
1L'aile droite abritait encore trois pièces: une seule (près de la tour) se trouvait meublée d'une cheminée de bonne facture et d'un plafond à la française avec ses peintures d'origine De cette chambre on pouvait passer dans le petit cabinet circulaire de la tour habillé de sa décoration ancienne.
Précisons
qu'au dehors, un seul des deux grands bassins signalés avant 1900, était en
eau. Au milieu, sur un îlot un saule pleureur abritait la statue d'une Vierge.
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fig.
10 Un château sous la neige avant son agonie |
Dans les semaines qui ont suivi l'incendie, une enquête conclut à des causes indéterminées. Fut alors entrepris un nettoyage complet des décombres, puis la pose de l'ossature légère d'une toiture recouverte de bâches, qui devaient, en principe assurer la protection de ce qui restait. Toutes les précautions prises dans ce sens laissaient entendre qu'on était en droit d'espérer une restauration prochaine. De loin, rien ne permettait d'évaluer l'importance des dégâts intérieurs, n'était la désagréable odeur de brûlé qui flottait au fond du paysage. pourtant, la grande pièce centrale du premier étage était totalement dévastée: plus de plancher ni de plafond" Le feu progressant par les galetas et les toitures, avait atteint l'aile des cuisines qui eut le plus à souffrir L'eau projetée violemment et abondamment avait beaucoup abîmé les murs et les plafonds qui avaient échappé au feu, dissolvant les badigeons récents, faisant apparaître du même coup sur la galerie extérieure des motifs décoratifs en « trompe-l'œil »,
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fig.11 « la démolition : un spectacle navrant » |
qui, à défaut de grande valeur artistique, devaient être d'un assez bel effet,
De toutes manières, même les salles qui avaient échappé au sinistre furent définitivement abandonnées" Quand tombait la nuit; cette masse sombre, d'où ne filtrait plus un seul rayon de lumière, ne s'échappait plus aucun bruit, aucune apparence de vie, avait un aspect impressionnant, lugubre…
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Les
ogresses mécaniques.. |
Une association pour la sauvegarde du château d'Aix fut sur le point de se créer, Mais devant les multiples difficultés qui surgirent, et dont il ne m'appartient pas de déterminer les causes, ni de juger les bonnes et mauvaises intentions qui les accompagnaient, tout le monde renonça, l'association ne vit pas le jour. Alors, lentement, mais inexorablement, le temps a poursuivi son œuvre de destruction. Les bâches qui devaient conserver l'édifice dans l'état où l'avait laissé l'incendie ont pourri sous l'effet alterné des pluies, du soleil et du vent, qui finit par les déchirer, en les prenant par en-dessous à travers des ouvertures béantes. Des fuites d'eau apparues dans les toitures précédemment épargnées s'attaquèrent aux parties saines du bâtiment. La tempête s'engouffrant sous les plaques métalliques qui recouvraient la flèche de la tour les arrachait les unes après les autres. La neige et le gel désagrégeaient les parties maçonnées, qui n'avaient plus le temps de sécher, au point qu'une lézarde inquiétante fit son apparition dans l'aile droite. Et à l'intérieur, les boiseries, couvertes de moisissures en hiver, gondolaient puis éclataient sous le chaud soleil de l'été. Bref, le château, du moins ce qu'il en restait (encombrant au cœur d'un univers scolaire) était devenu un danger pour le personnel et les enfants de l'I.M.P.
Finalement, il est acheté en 1978 par cet I.M.P. qui en décida aussitôt la démolition dans l'indifférence quasi générale, parce qu'on avait trop tardé à tenter un sauvetage et qu'on ne voyait plus d'autre solution. Après sept années de tergiversations, l'état de délabrement était devenu tel qu'une restauration même sommaire aurait exigé des moyens financiers énormes.
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fig.13 « Quand la tour s’est effondrée » |
wLe vendredi 9 mars 1979, une énorme pelle mécanique d'une entreprise de démolition est venue se ranger à côté du château dont les dernières heures étaient maintenant comptées" Le lundi suivant, 12 mars, l'engin entrait en action. En quelques instants des trous énormes furent ouverts dans les flancs du vieil édifice. Les pans de murs se sont effondrés les uns après les autres dans un sinistre craquement de poutres cassées au milieu d'un épais nuage de poussière. Ce côté spectaculaire de la destruction ne parvenait quand même pas à étouffer le douloureux pincement au cœur que ressentaient tous les témoins.
On
a gardé pour la fin l'image insolite d'une tour restée debout, seule, au
milieu des décombres. La pelleteuse, grimpée sur une épaisse couche de
gravats pour arriver en pente douce à un niveau élevé, l'a fait vaciller
plusieurs fois, l'espace de quelques secondes, comme s'il y avait eu quelque hésitation
de la part de l'engin mécanique, La tour s'affaissa enfin dans un grondement
sourd dominé par de grands cris d'effroi et de réprobation d'un gros oiseau
gris-blanc (une chouette peut-être), son dernier locataire, qui quittait précipitamment
ces lieux hantés pour d'autres moins dangereux, moins maudits par certains
hommes. C'était, si l'on peut dire, le symbole d'une âme quittant un corps
mort et bien mort. L'irréversible était accompli. .
Le vieux château d'Aix a disparu en laissant plus que des regrets, Pour les habitants de la région, pour tous ceux qui l'ont connu, son absence creuse au fond de la vallée un vide matériel et surtout moral, qui n'est pas prêt d'être comblé. Tout un passé de souvenirs s'est effondré avec lui. Pour les générations à venir seulement incapables de faire surgir dans leur esprit la tour élancée qu'elles n'auront pas connue, l'harmonie du site ne sera pas troublée.
Patrimoine régional, legs de générations passées, le château d'Aix méritait mieux que de sombrer dans une destruction volontaire, L'avenir dira si la coupable indifférence d'un grand nombre, ne va pas provoquer des regrets amers.
Contentons-nous de constater tristement qu'à coté de tant de bonnes volontés qui se manifestent pour conserver parfois des vestiges insignifiants, personne n'a été capable ou n'a voulu se donner les moyens de sauver le vieux château d'Aix. Bien sûr, dira-t-on, il est facile d'épiloguer sur du papier. Tirons-en du moins une occasion de sensibiliser l'opinion, pour que ne se reproduise pas ailleurs ce qui s'est passé ici. Le respect du passé doit demeurer un gage du futur; les vieux murs ont une âme, celle du souvenir. Il ne faut pas les détruire,
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D |
ans la vie du château d'Aix, on ne peut passer sous silence ce que les gens des environs appellent « le temps des Salésiens »; une époque qui a marqué les mémoires et les cœurs.
L'œuvre et la vie des Pères de Saint-Jean Bosco au château d'Aix, mériteraient à elles seules un ouvrage qu'il serait bon et utile d'écrire plus tard. En attendant j'ai feuilleté avec délice et émotion les archives et les chroniques qui se rapportent à notre sujet: manuscrits et bulletins mensuels qui sont le reflet d'un passé récent, d'un climat et d'une intensité de vie impossibles à ressusciter.
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Fig.15-La
cour intérieure du château abritant l’orphelinat avant la première
guerre mondiale |
C'est en 1897 que la baronne de Rochetaillée, de Contenson, a fait l'acquisition du château d'Aix pour y installer un orphelinat agricole. Celui-ci fonctionna jusqu'au début de la Grande Guerre,
1917 a marqué l'arrivée des Salésiens sur les instances du cardinal Maurin, nouvel archevêque de Lyon. Le directeur est le Père Festou qui accueille un premier groupe d'élèves le 6 novembre : des réfugiés de Saint-Quentin,
Début 1918, les rejoignent quinze alsaciens ne Thann puis quelques parisiens en avril,
Le démarrage est difficile : isolement de l' institution, moyens de communication avec l'extérieur lents et irréguliers, hivers rigoureux, lumière défectueuse, péniblement assurée parfois avec des lampes-pigeon, durant le plus long et le plus rude hiver de la guerre. Cependant, cette première année a compté 63 élèves et 3 novices, A la force du poignet tous s'attellent à faire d'une "mare aux grenouilles" la magnifique pièce d'eau qui entourait récemment encore l'îlot de la Vierge.
L'année
scolaire suivante fut perturbée par l'apparition de la "grippe
espagnole" (un décès par jour au château les 20, 24 et 25 octobre) qui
fut heureusement stoppée et suivie de l'armistice du 11 novembre que la petite
cloche sonna à sa mesure dans l'allégresse générale.
Pour
la première fois, en 1920, s'est manifesté publiquement le groupe de musique
instrumentale de l'école, à l'occasion d'une mission à St martin la Sauveté.
L'ère du confort a commencé en 1923, lorsque fut réalisée un peu en amont du
moulin la petite station hydroélectrique qui a fourni lumière et force dont
l'institution a eu besoin.
En 1924 arrive à la direction le Père Cau, d'illustre mémoire C'est lui qui entreprendra et mènera à bien avec une autorité indiscutée les grands travaux d'aménagement indispensable ainsi que constructions nouvelles. Il y a déjà 94 élèves à profiter d'une éducation de loisirs dans laquelle les Pères de Don Bosco ont toujours été les maîtres: musique, sport, jeux de plein air etc.. Le lundi de Pâques, 5 avril, tout le monde s'en va chercher les œufs dans les buissons.
Le 18 août 1926, l'abbé Stokalo meurt d'une congestion en prenant un bain dans la pièce d'eau, tandis que les religieuses qui s'occupaient de la cuisine et de la lingerie depuis le début quittent la maison et sont remplacées par d'autres: des « filles de Marie-Auxiliatrice ».
En 1927 est organisée la première réunion des anciens. A cette occasion, la Vierge de l'étang est illuminée. Le 23 juillet, on reçoit le cardinal Maurin, la propriété est toute décorée « La journée s'achève par un feu d'artifice tiré sur le grand bassin »
En 1930, la maison est pleine à craquer d'élèves venus de Suisse, d'Alsace, de Marseille, Nice, Oran, Tunis et . de la région: véritable communauté internationale.
Pour la fête du patron de l'école, Saint-Jean Bosco, il y eut plus de 1100 personnes à Aix. C'est cette année-là que succomba le Père Cau, à qui on fit dans la chapelle de très émouvantes funérailles.
En 1936, on acheva de transformer les locaux occupés par le moulin, en dortoir, ateliers de tailleur et cordonnier pour mieux accueillir quelques-uns des 130 garçons qui composaient la communauté.
On s'organise de son mieux pour durer pendant la guerre où affluent des réfugiés 0 Mais le premier hiver est très dur à supporter. Pendant plusieurs jours, la maison a été bloquée par la neige. Le Père Chambon s'est tué sur la route de Roanne à Grezolles dans une chute à vélomoteur, et le jour de Noël 1942 est mort à son tour le Père Festou, fondateur de l'école. Le cardinal Gerlier a fait sa visite le 8 mai. On modifie sensiblement les horaires pour permettre aux enfants de mieux supporter les restrictions imposées par la guerre. Signalons que le 9 avril 1943 le feu a pris dans le dortoir Saint-Joseph et a détruit la totalité du toit.
Dans cette période, le personnel comprenait un directeur, un préfet économe, un maître de chapelle qui était aussi professeur de musique, deux confesseurs, un professeur pour chaque classe de la septième à la première, un professeur d'anglais qui faisait office de chauffeur et de relieur, un chef-jardinier, un fermier, trois postulants et un .professeur civil.
L'hiver de 1944 fut tellement froid que les élèves purent organiser des glissades sur le bassin. Tous les jours il tombait de la neige. On note, le 5 juin, l'achat de deux nouveaux bœufs, et le lendemain, à huit heures du matin un déchaînement de joie à l'annonce du débarquement des alliés en Normandie,
Ces quelques dates et événements reflètent bien mal ce que fut la vie des Salésiens à Aix. Parler de ces religieux, c'est d'abord évoquer un esprit de travail et d'édification, une atmosphère de fête toute pénétrée de sentiments religieux. On n'est pas prêt d'oublier les grandioses manifestations qui se déroulaient régulièrement dans la propriété où résonnaient les cuivres de la fanfare en été, ni ces émouvantes messes de minuit l'hiver, et toujours l'accueil empressé, enjoué des Pères Salésiens.
Les anciens élèves, eux, peuvent y ajouter le souvenir moins agréable des froides soirées où la micro-centrale hydroélectrique encombrée de glaçons, ne pouvait distribuer qu'une lumière instable, et celui des petits matins où il fallait casser la glace pour faire sa toilette.
Les Salésiens, c'était aussi, et c'est encore une pédagogie qui se ramène à quelques principes naturels solidement appliqués: « Etablir entre l'éducateur et l'enfant un contact étroit et familier d'où naissent la cordialité et la confiance », La surveillance est assidue et affectueuse; elle prévient pour n'avoir pas à punir. Les maîtres font constamment appel au cœur, à la raison et à l'intelligence de l'élève pour former peu à peu sa volonté à l'effort et au devoir.. Des principes simples, de tous les temps, mais qui exigent de la part des éducateurs beaucoup d'amour et de dévouement.
L'école secondaire des Salésiens au château d'Aix fut fermée à la fin de l'année scolaire 1957. L'annonce en avait été faite officiellement le 19 juin, et les premiers départs eurent lieu à la mi-août La lampe du sanctuaire fut éteinte le 1er octobre. Six jours plus tard, le lundi 7, à 7°heures 1/4 du matin, les deux derniers religieux quittaient les lieux définitivement,
De
1917 à 1957, le séjour des Salésiens dans notre région est intimement lié
à l'histoire du château d'Aix. 1
Volontairement la période qui va de 1957 à la parution de cette brochure a été omise, elle ne présente pas d’intérêt historique puisque nous la vivons encore.
1 L'œuvre pédagogique et éducative commencée depuis plus de trois quarts de siècle continue, s'adressant à d'autres enfants, avec d'autres moyens, tournée vers L'avenir. !
Cette petite brochure sans prétention n'est que la synthèse par les sommets d'une tranche de notre histoire locale: celle d'un monument "historique", aux destinées variées et inattendues, qui avait eu l'honneur d'abriter la naissance et l'enfance du Père François de La Chaize (18 août 1624 - 20 janvier 1709) qui s'était acquis une gloire nationale en sa qualité de confesseur du Roi-Soleil pendant 34 ans; tâche ingrate s'il en fut auprès d'un souverain volage, autoritaire et fier.
Le nom du personnage que perpétue le plus grand cimetière de la capitale étant entré dans l'histoire, nous ne pouvons que regretter plus encore la destruction systématique des murs dans lesquels il a vu le jour. L'auteur de ces notes et illustrations n'a donc d'autre ambition que d'essayer d'en prolonger au moins le souvenir. Puissent les lecteurs comprendre, à cette occasion, qu'en effaçant ce qui rappelle le passé, nous nous re nions tous un peu nous-mêmes.
Passe
le temps Passe les Ans
Mais
l'Aix dans son chant
Semble aujourd'hui plus triste…
- -A Monsieur l'abbé Canard pour son aide précieuse,
- la Société Historique et Archéologique du Forez « La Diana » pour son aimable autorisation,
- Au Secrétariat Provincial des Oeuvres et Missions de Don Bosco de Lyon pour leur prêt de documents,
- A toutes les personnes qui m'ont aidé, vont mes plus vifs remerciements...
« Regard sur le château d’Aix avant l’oubli »- Par
Georges Bonnefond
La
SEIGNEURIE et le château d’Aix
Tableau 1 le château avant
la dernière guerre
Tableau
2: plan touristique de la région
Tableau
5: plafond sous la tour d'angle
Tableau
6 : palier supérieur de l'escalier
Tableau
8: le château d'Aix du temps des salésiens
Tableau
9: la tour du château d'Aix
Tableau
10: le château l'hiver avant son agonie
Tableau
11: la démolition un spectacle navrant
Tableau
12: le myhe des ogresses
Tableau
13: quand la tour s'est effondrée
Tableau
14: les pierres des lamentations
Tableau
15: la cour intérieure de l'orphelinat avant la première guerre mondiale
[1] (1) Archives de Goutelas, n° 7. Inventaire fait au château de Goutelas,1671-1674. -Je ne citerai que pour mémoire l'opinion de quelques anciens érudits qui, se fondant sur une lointaine analogie de nom, ont proposé de placer à Aix la très ancienne abbaye de "Saxiacum", et allégué une prétendue tradition de l'existence en ce lieu d'une maison religieuse. V. le P. Bullioud, "Lugdunum sacro prophanum", mss. de la bibliothèque de Montpel- lier, "index duedecimus ", pc 1 : "Et quia Severtus, loGO postea citando", Saxiacum "vertit", le Saix "vel ait", Aix, "inde venit quibusdam in mentem hoc monasterium fuisse in Forensibus, domo qUcE etiam dicitur hodie" Aix, "loco aptissimo ad monasterium, et in quo olim habitasse viros religiosos communis fama est; licet non sit impro- babile quod scribit Papyrius Massonus, libro de Flumini- bus GallicE seu descriptione GallicE per flumina, a flu- vio" Dea "castrum d 'Aix.nomen accepisseQ" - "Saxiacum" paraît être Saint-Benoît de Cessieu (Ain).
[2] Archives de la Diana. Fiefs faits au seigneur d'Urfé par Philippe de Tremolen, 16 avril 1312, et par Héracle de la Garde, 17 mai 1326
[3] Vente des fief et hommage du tènement d'Albeigue, par Falcone, dame d'Urfé, Guichard, seigneur d'Urfé et Arnulphe, ses enfants, à Ystier Raybe, seigneur de Saint-Marcel, 5 novembre 1368. Extrait dans les papiers d'Auguste Chaverondier, n° 483, probablement d'après un titre du château d'Avauges.
[4] ) Barban, "Fiefs", n° 17 et 1091. - Gras ("Obituaire de Saint-Thomas, p. 16) donne aux du peschier le nom patronymique de Brun
[5] V. ci-dessus p.307
[6] Arch. de la Loire. Ancien A. 20. Dénombrement fourni par Louise-Gabrielle de Pérachon, veuve de Georges-Antoine de la Chaise d'Aix, 14 février 1721. - En retranchant te territoire ainsi délimité de celui composant la seigneurie et justice de Grezolles après que celle d'Aix lui eut été annexée par les Gyyardon, il semble qu'on devrai t retrouver les limites primitives de la justice de Grézollles, et cela doit être vrai pour l'époque du dénombrement dont il s'agit. Mais des dénombrements antérieurs de la seigneurie de Grezolles, de 1604, 1614 et 1674, et d'autres titres encore attribuent à celle-ci le hameau de l'Argentière, comme si, de ce hameau à celui de Montrobert, une étroite bande de terrain en eût dépendu, séparant ainsi en deux la partie de la commune de Saint-Martin qui relevait d'Aix. On peut croire qu'un arrangement amiable fit passer l'Argentière dans cette dernière seigneurie
[7] Arch. de la Loire. Foi et hommage de Jean de Bonnefont, damoiseau, 19 septembre 1378 : "Domum suam d'Eys, in mandamento Sancti Justi, cum fossatis, jurabilem et
reddibilem" (Barban, "Fiefs", n° 213). - Mêmes archives.
B. 1881; "Inventaire", t. II, p. 213. Testament de Jean de Bonnefont, chevalier, seigneur d'Eys, 7 octobre 1393, "in fortalicio d'Eys."
[8] Un dessin de Barthélemy Chaverondier, frère aîné du savant archiviste de la Loire, daté du 5 mai 1816 et exé- cuté avec beaucoup de naïveté, fait connaître l'aspect Un dessin de Barthélemy Chaverondier, frère aîné du savant archiviste de la Loire, daté du 5 mai 1816 et exécuté avec beaucoup de naïveté, fait connaître l'aspect extérieur du château d'Aix à cette époque, aspect qui a peu changé, la suppression de la galerie surmontant la porte, la substitution d'un _toit aigu en métal au toit primitif de la tourelle, et l'assèchement du fossé mis à part.
[9] Archives de la Diana. Original. Fonds Rimaud, pièce 465. - Les peintures qui ornaient le plafond et l'autel de bois 'doré ont été transportés au château de Contenson.
[10] Jeanne-Marie Coton fut enterrée devant l'autel de la chapelle de Saint-Nicolas, en l'église paroissiale de Roanne, (Bibl. de Montbrison.. Papiers de la Mure, t. I,
p,
361; t. II, p. 165).
[11] ) L'acte de baptême du P. La Chaise semble avoir péri avec les registres paroissiaux de Saint-Martin-la-Sauveté, donnés à un boulanger pour mettre au four sous des brioches, comme je l'ai raconté dans la "Revue Forézienne, ta I, p. 291; mais nous possédons heureusement la notice de sa naissance, dans le précieux livre de raison des seigneurs d'Aix appartenant à M. le vicomte Henry de Sugnyo En voici le texte:
"Le 18 d'aoust 1624, un dimenche, à 9 heures du soir, "de mademoiselle Renée de Rochefort, femme de monsieur "d'Ais, nasquit François de la Chaize. Il fut baptisé à "la chapelle d'Ais par messire Coeffet, curé de St-Martin. Son parrin fut Mr François de la Chaize d'Ais [son oncle, qui du despuis c'et fect jésuiste et le son fieu ausy'], et sa marreine Philiberte Coton, dame de "Gresolles. Dieu lui face la grAce d'estre homme de bien! "En témoignage de quoy, led. sieur Georget de la Chaise "d'Ais son père a signé"
."LA
CHIEZE D'AIS son père, 1624. "
Les mots
entre crochets ont été ajoutés après coup par renvoi.
(Cabinet de M. le vicomte Henry de Sugny. Missel de Lyon de l'an 1510, ayant servi de livre de raison aux seigneurs d'Aix, note au fo 22 vol.V°)
[12]
Cet écu aurait-il été meublé d'un lion, que rappelle- rait celui couché
sur la balustrade? On lit dans les no- tes inédites de la Mure conservées
à la bibliothèque de Montbrison, t" II, p. 69 : "Ais porte
'd'azur au lion "d'or armé et lampassé de gueules '.
Ici, faudra parler de "cette maison. - Fief et maison de la
Chaize; porte 'd'a- "zur à un lion d'argent (arm)é, lampassé et
couronné de "gueules" " Ces deux blasons ont beaucoup de
ressemblance; cependant le métal du lion diffère, et celui-ci n'est pas
couronné dans les armes attribuées à la famille d'Aix. Ce sont peut-être
les armes des du peschier ou même celles de leurs prédécesseurs, qu'Amédée
du peschier aurait relevées en épousant l'héritière de la maison. Deux
écussons de la frise de la Diana, n° 54 et 148 de la liste publiée par M.
Henry Gonnard dans sa belle monographie de cet édifice, portent
"d'azur au lion d'argent" : il n'est pas impossible que l'un d'eux
représente les armes d'Aix, l'échange entre les métaux étant un fait
assez fréquent.
[13]
Le 23
mai 1760, l'archevêque de Lyon, renouvelant une concession antérieure,
permit pour trois ans à Louise- Victoire de Badier de Verseille,
veuve d'Antoine Gayardon, comte de Grezolles, de faire célébrer
la messe dans son château d'Aix, les grandes fêtes exceptées, avec
interdiction d'y administrer aucun sacrement, et à condition qu'il n
'y aurait a~dessus aucune chambre à coucher, et que les
domestiques non retenus par leur service iraient les fêtes et dimanches
à la paroisse- Le 22 septembre 1762, l'archevêque
prorogea cette autorisation jusqu'à nouvel ordre et l'étendit à
tous les jours de l'année, celui de pâques excepté,
permettant en outre à la comtesse de Grezolles et
à tous les gens de sa maison de se confesser et de communier
dans la chapelle. (Copies dans les papiers d'Auge Chaverondier, carnets n°
11 et 83 )-
[14]
Sur cette porte on ne remarque pas sans étonnement des traces de scellés
en cire rouge, portant l'empreinte du sceau orbiculaire et de petite
dimension de la châtellenie de
Sury-le-Comtal.
[15] Au moment où j'écris ces lignes, le château d'Aix,
destiné par Madame la baronne de Rochetaillée à abriter un orphelinat, est restauré par ses ordres avec une intelligence et un respect qu'on ne saurait trop louer et dont on doit remercier la généreuse bienfaitrice qui sait si bien concilier les intérêts de l'art avec ceux de la charité.
[16]
Aug. Chaverondier. Papiers. Carnet
n° 52, p. 94. Copie d'une lettre signée "Mervillon ", 25
juillet 1840.